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Bruxisme du sommeil/grincement des dents


L'information des patients brochure


 

Définition et conséquences

Le bruxisme survenant durant le sommeil a été décrit comme étant le grincement parfois associé à des épisodes de serrement de la mâchoire. Les conséquences du bruxisme du sommeil sont nombreuses : l’usure et l’abrasion des dents, des maux de tête, des douleurs bucco-faciales, des douleurs au niveau de la mâchoire et de l’articulation temporomandibulaire (ATM) au réveil et, enfin, l’interruption du sommeil familial en raison du bruit strident induit par le grincement dentaire.

Prévalence

Le bruxisme du sommeil est rapporté par 8% des adultes; et, selon l’identification parentale, près de 14% des enfants grinceraient des dents à quelques reprises par semaine. La prévalence du bruxisme diminue avec l’âge, passant à 10-12% à l’adolescence et à 3% chez les personnes âgées de 60 ans et plus.

Diagnostic

Le diagnostic du bruxisme du sommeil est basé sur l’histoire de grincement rapportée par un tiers (membre de la famille, ami), la présence d’usure ou de dommages aux dents, et des plaintes de douleurs bucco-faciales/articulation temporomandibulaire et des céphalées au réveil. Les cas de bruxisme sévères et persistants peuvent être diagnostiqués seulement par l’étude du sommeil en laboratoire (enregistrement polysomnographique). L’enregistrement audio-vidéo est aussi nécessaire afin de le distinguer de tous les autres mouvements oro-mandibulaires (contractions ou tics des muscles de la mâchoire, claquements de dents, somniloquie, ronflements, etc.) pour éliminer la présence de troubles respiratoire concomitant (l’apnée du sommeil), ou la rare occurrence de maladies neurologiques (p. ex. épilepsie du sommeil, mouvements nocturnes en sommeil paradoxal). L’enregistrement vidéo ou polygraphique légère à domicile est une alternative permettant d’identifier la présence ou l’absence de grincements dentaires sonores et des activités des muscles compatibles au bruxisme du sommeil.

Causes et physiopathologie

Les causes proposées pour expliquer le bruxisme incluent l’anxiété, des éveils autonomiques cardiaques et respiratoires répétitifs mais très brefs et intenses. L’anxiété est considérée comme un élément déclencheur ou amplifiant du bruxisme. Le rôle attribué aux neurotransmetteurs, comme la dopamine et la sérotonine, est beaucoup moins clair qu’on le prétendait originalement. Certains antidépresseurs tels les inhibiteurs sélectifs de la recapture de la sérotonine ou ISRS (p. ex. Prozac, Paxil, Zoloft) sont reconnus pour exacerber le serrement à l’éveil mais on ne sait trop pour le grincement des dents lors du sommeil. Une occlusion dentaire inadéquate (mauvais contact entre les dents) était jadis considérée comme l’un des principaux facteurs sous-jacents au bruxisme. À l’heure actuelle, on associe le bruxisme davantage à de mauvaises habitudes au niveau de la bouche, à une hyperactivité autonomique cardiaque et respiratoire, et à l’anxiété et parfois de l’insomnie (trouble de l’endormissement).

La prévalence du bruxisme est élevée chez les jumeaux homozygotes (jumeaux identiques) quoique aucun marqueur génétique spécifique n’ait été identifié jusqu’à maintenant (sauf la sérotonine). De plus, le bruxisme persiste chez 86% des jumeaux adultes comparativement à 35% chez les adultes non-jumeaux.

L’architecture du sommeil semble être normale en terme de durée et de répartition des stades de sommeil, ceci chez la plupart des bruxeurs du sommeil. Toutefois, certains sujets ayant des troubles respiratoires, telle que l’apnée du sommeil, peuvent à l’occasion présenter du grincement concomitant mais aucun lien de cause à effet clair à été mis en évidence.

Gestion

(ne pas vous attendre a une disparition du bruxisme pour la vie, il est souvent récurrent)

Suivant l’exclusion de certains problèmes médicaux (anxiété, troubles respiratoires ou neurologiques), le traitement du bruxisme du sommeil comprend une approche cognitivo-comportetmentale (incluant la relaxation, conseils d’hygiène du sommeil et de vie), la physiothérapie et le port d’une plaque occlusale pour prévenir les dommages dentaires si aucun ronflement-apnées sont présents (dans de tel cas un traitement de l’apnée est indiqué avec des appareils à pression positive continue ou orthèse d’avancement mandibulaire).

De plus, certaines recommandations peuvent être faites aux patients :

  • Éviter de fumer en soirée
  • Éviter les excès d’alcool
  • Éviter de dormir sur le dos
  • Éviter le bruit, l’ordinateur ou la télévision dans la chambre à coucher

Des produits tels Robaxacet, Tylenol Muscle ou Flexeril (prescription requise) peuvent être administrés au coucher pour diminuer la douleur musculaire et augmenter la relaxation durant les périodes de bruxisme intenses. Pour les cas plus sévères, nous utilisons le Rivotril (Clonazepam : prescription requise) pour une courte durée. Des injections de Botox, un bloqueur de la contraction musculaire, ont aussi été utilisées chez certains patients bruxeurs. Advenant une sensibilité dentaire au froid, l’application de Gel Kam (disponible en pharmacie) peut réduire cet effet secondaire. Aucun de ces traitements pharmacologiques n’est officiellement reconnu.

 

Réalisé par :
Gilles Lavigne, DMD, MSc, FRCD(c), PhD, hc (U Zurich)
Professeur de médecine dentaire, Chaire de recherche du Canada en Douleur-sommeil-traumatologie, Université de Montréal et Hôpital du Sacré C?ur de Montréal, Canada.
Luc Gauthier, DMD, MSc., F.A.P.F.
Président du comité dentaire du CSS, conférencier invité Université de Montréal, responsable du programme de résidence multidisciplinaire en médecine dentaire de l’Université de Montréal au CIUSSS